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de la foire de Beaucroissant
Le saviez-vous ?
La chaîne d'aulx est le symbole de la foire. Selon
la tradition, elle apporte bonheur et prospérité
pour l'année.
historique de la foire de beaucroissant avril et septembre, salon de l' habitat, brocante.
Les origines du village de Beaucroissant sont assez mal
définies. Son histoire est cependant liée d'une façon indiscutable à celle du
Monastère ou Prieuré de Parménie qui est assez bien connue depuis le début du
septième siècle. Certains auteurs signalent en effet en 683 l'existence de la
montagne et du château de PARMAGNE, PERMAGNE ou PERMEIGNE (PARMENIE)
Lors de l'invasion des Maures dans le Dauphine Saint-Austrobert, archevêque de
Vienne, pour se soustraire a leurs violences et au pillage de Vienne par CHARLES
MARTEL) se réfugie dans la « maison forte » du mont de Parmeigne, aux imites de
son diocèse.
C'est à qu'en 707, il apprend que son suffragant de GRENOBLE, l'évêque RAMNOLD,
erre dans la campagne. Il l'invite à se joindre è lui, et, par un traité
d'échange, il cède la « maison forte » et le mont de Parménie au diocèse de
GRENOBLE.
De 707 à 877, quatorze évêques habitent successivement PARMENIE où ils font
édifier un prieuré fortifié et une chapelle épiscopale. Ils sont du reste les
seigneurs directs du fief et de ses dépendances qui s'étendent hors de
l'ancienne porte de BEAUCROISSANT dans les territoires de : RIVES, IZEAUX,
MORETTE TULLINS, etc...
En 877, chassés par les Maures, ils se retirent à SAINT-DONAT (Drôme) d'où ils
ne sortirent que vers 967, lorsque l'Evêque ISARNE chassa les barbares, rétablit
les églises de son diocèse et rentra triomphalement à GRENOBLE où il fit édifier
la cathédrale.
Dès 977, il vint chaque année célébrer à PARMENIE la Fête de la Croix, le 14
septembre. Ce pèlerinage prend rapidement une très grande importance ; les
fidèles y accourent en foule. Il se tient au pied Je la montagne une vaude, « ou
marché » qui est devenue depuis la Foire de BEAUCROISSANT.
En 1213, après la terrible inondation de GRENOBLE, le nombre des pèlerins fut si
grand qu'il fallut, dit-on, construire un village entier pour les abriter.
C'est de cette époque que date la fondation du village de BEAUCROISSANT, mais sa
Foire existait déjà depuis, au moins, trois siècles.
En 1259 le Monastère de PARMENIE reçut le nom de « Mont Sainte-Marie » et fut
donné à des religieuses de l'Ordre Saint Bruno.
En 1312, GUY, seigneur de TULLINS, publie une charte faisant connaître qu'il
fait construire un château au lieu dit « Mollard du Paul » dans les confins de
la ville de BEAUCROISSANT, qu'il avait acquis du seigneur de RIVES en 1308.
C'est ce château dont les ruines dominent actuellement le village.
En 1314, GUY de TULLINS fait de BEAUCROISSANT une mistralie sur laquelle il
établit pour seigneur engagiste GUICHARD de CLAIRIEUX. La mistralie était une
sorte de surintendance créée par les seigneurs du Moyen âge et attribuée par eux
à ceux de leurs officiers dont ils voulaient récompenser les services. Cette
surintendance n'était d'ailleurs accordée que sous les conditions de foi et
hommages. Les seigneurs du douzième siècle employèrent ce moyen pour grouper le
plus de vassaux possible, qui devenaient ainsi intéressés â la conservation des
propriétés de leurs maîtres, et obligés à les servir militairement.
Il est signalé d'ailleurs, dans certains écrits de l'époque, que la Foire de
BEAUCROISSANT attirait une foule immense qui favorisait la prospérité des
mistraux, spéculant sur ce concours de peuple.
En 1315, la mistralie de BEAUCROISSANT est donnée à Pierre de Boeuf.
Le Dauphin HUMBERT Il devint propriétaire du mandement de BEAUCROISSANT en 1343,
et il s'empresse d'agrandir ce mandement et de confirmer, au profit des
Habitants, tous les droits et franchises dont ils avaient joui sous les
précédents seigneurs.
Par une charte, datée de GRENOBLE du 13 janvier 1343, il accorde aux habitants
de BEAUCROISSANT en emphytéose à perpétuité soixante mesures de sa forêt
longeant leurs propriétés. Cette concession fut faite sous la redevance annuelle
d'une poule et d'un setier de seigle pour chacune des soixante mesures.
Vers 1391, les troupes du Prince d'Orange pénétrèrent dans la plaine de BIEVRE,
pillant les châteaux et les églises. Le Monastère de PARMENIE est incendié. Les
religieuses enfuies avec leurs reliques se sont réfugiées au Monastère des
ECOUGES, dons la paroisse d'AUTRANS.
La légende, cette poésie de l'histoire, rattache à cette fuite une circonstance
merveilleuse qui en fait vivre le souvenir jusqu'à nos jours « Une pierre, que
l'on montre au promeneur se rendant à PARMENIE, a conservé, dit-on, l'empreinte
du genou et de la main de la religieuse chargée des reliques, qui serait tombée
en fuyant devant les soldats.
Abandonné pendant de longues années, le Monastère de PARMENIE tomba en ruine,
sans QUE soit Interrompu cependant la traditionnel pèlerinage et sa Foire du 14
septembre.
C'est vers 1493 que sa reconstruction fut commencée.
La forêt de BEAUCROISSANT, dite forêt de BIEVRE, était si vaste et giboyeuse que
les rois de France y vinrent souvent chasser. François 1er est le dernier roi
qui pratiqua ce sport dans la forêt de BEAUCROISSANT.
Au seizième siècle, BONIN, le lieutenant du farouche Baron des Adrets, dégoûté
des guerres de religion, rentra dans les rangs catholiques et choisit une
demeure solitaire à BEAUCROISSANT. Cherchant un lieu sûr pour y cacher le butin
de ses rapines, il songea aux caveaux abandonnés du Monastère de PARMENIE, et
certains auteurs racontent qu'il y trouva une mort tragique.
En 1534, le Chevalier Jean DE MAUBEC, l'un des cent gentilshommes de la maison
du Roi, reçut en fief la mistralie de BEAUCROISSANT, lui donnant droit à tous
les revenus de la terre et au titre de seigneur de RENAGE. La prestation de son
serment est relatée ainsi dans un document de l'époque
« Le 1er septembre 1541, Jean de MAUBEC prêta foi et fit serment de fidélité au
roi Dauphin, entre les mains des gens des comptes chargés de recevoir les
hommages des nobles et autres, ayant fiefs et arrière-fiefs, mouvant du roi.
Jean de MAUBEC, chevalier, étant sur ses pieds et tenant ses mains jointes entre
les mains de messire « SOFFREY de Chaponay, président de la chambre des comptes
du Dauphiné, et le baisant à la joue en signe de perpétuel amour et dilection, à
quoi, dit le président, l'avons reçu et le recevons par les « présentes ; a
promis de jurer, ledit Jean de MAUBEC, qu'il sera bon et loyal, vassal audit roi
dauphin et ses successeurs perpétuellement ; qu'il gardera les six cas contenus
dans la forme des hommages de « fidélité, et qu'il baillera son adveu et
dénombrement an cette chambre des comptes devant quarante jours prochains, sous
peine d'appellation des dits fiefs. »
L'histoire de BEAUCROISSANT ne présente plus ensuite de faits dignes d'être
signalés, mais il n'en est pas de même de celle de PARMENIE où prit naissance,
au début du dix-huitième siècle, la religion des « SAINTS» dite aussi « PETITE
EGLISE ».
II serait curieux de relater la pittoresque aventure du prophète Elie et de
l'abbé Marion qui vendirent des places de paradis et appelèrent près d'eux la
Nanon Bonneton qui devait donner naissance à un nouveau Christ dont l'avènement
serait le point de départ d'un âge d'or de mille ans.
Le prophète Elie, qui était en réalité un ancien marchand de vins de LYON, nommé
DUBIA, fut excommunié par le Pape et anathématisé par ordonnance royale, mais il
n'en connut pas moins une popularité inouïe. Un cheveu du prophète, une miette
de ses aliments, étaient regardés comme autant de reliques sans prix. On le
baisait aux mains, aux pieds.
Au lieu d'un nouveau prophète, la Nanon Bonneton donna le jour à une fille et
quitta PARMENIE pour mourir à LYON en 1819.
Les principaux points de cette curieuse histoire sont relatés dans le
parcellaire de la Mairie de BEAUCROISSANT qui remonte à 1666.
Signalons enfin pour terminer qu'un rapport des commissaires de l'assiette de la
Taille, établi en 1701, donne sur BEAUCROISSANT les quelques détails suivants :
« Les habitants de la communauté de BEAUCROISSANT ont défriché une partie de la
forêt de BIEVRE pour cultiver le sol en blé noir. Le marché aux grains qui se
tenait le mercredi de chaque semaine à BEAUCROISSANT a cessé à cause de celui de
VOIRON qui se tient le même jour et qui est de plus d'importance. Il y avait
aussi dans la communauté une fabrique de lames d'épée qui occupait vingt usines
et trois cents personnes, mais cette industrie a été transportée à
SAINT-ETIENNE, dans le Forez. Il y a une foire le 14 septembre qui est la plus
ancienne de la province et la plus importante de loin. « Le seigneur de
BEAUCROISSANT est aussi seigneur du Haut Rives et il lui est dû des corvées.
Quelques taillables appauvris ayant abandonné leurs champs, ont laissé
vingt-quatre stérées de terre dont jouit la communauté. Il y a dans le mandement
deux cents habitants taillables, chefs de famille et un curé. »
Nous terminerons cette longue notice sur BEAUCROISSANT en consacrant plus
particulièrement quelques lignes à sa traditionnelle foire.
Nous avons admis l'année 1219 comme point de départ indiscutable de cette foire
puisqu'il en est question sur un manuscrit authentique de cette date. Cependant,
son origine est beaucoup plus lointaine, puisque certains auteurs en font
mention sous la désignation de « vaude » en relatant les fêtes religieuses du 14
septembre pendant les neuvième et dixième siècles.
La voie romaine de VIENNE à GRENOBLE se rejoignait en ce point avec celle de
ROMANS et BEAUCROISSANT était une station entre ces deux villes. Il est signalé
d'ailleurs (ALLIX : « Le trafic du Dauphiné à la fin du Moyen-âge ») que la
ville de ROMANS faisait percevoir à BEAUCROISSANT un impôt routier.
Pendant le Moyen-âge, cette Foire atteignit un développement considérable ; elle
dura jusqu'à dix-sept jours. Chaque journée avait sa spécialité il y avait le
jour du blé, le jour des chevaux, le jour des fils et des dentelles du PUY, le
jour des bêtes à cornes, le jour des orges et autres céréales, etc...
« C'était une période de liesse ou ribaudes et truands s'esbaudissaient à qui
mieux mieux. »
La Foire eut des périodes de prospérité et de déclin sans jamais disparaître.
Même aux années de moindre affluence, elle resta l'une des plus grandes foires à
chevaux de France.
La continuité de son succès ne peut être attribuée qu'à sa situation
géographique « contact entre le haut et le bas Dauphiné » et surtout à la force
des traditions de nos campagnes dauphinoises.
Un des dirigeants de la Foire du HAVRE étant venu en 1933 à BEAUCROISSANT
qualifia cette foire de paradoxe économique et ne put s'empêcher de la signaler,
en ces, termes, dans un des communiqués à la presse de la dixième Foire havraise
:
« La Foire de BEAUCROISSANT, la plus ancienne et la plus pittoresque
manifestation de France, est un paradoxe déconcertant « qui nous démontre que,
dans le domaine économique, la réalité contredit parfois les plus saines notions
et leurs plus logiques déductions. Ce paradoxe économique qui se renouvelle le
14 septembre de chaque année depuis plus de sept siècles, réduit à néant les
arguments de ceux qui prétendent que, seules, peuvent survivre les foires
organisées dans de grands centres, jouissant d'un très large rayon d'action
géographique et d'un système très développé de voies d'accès et de moyens de
transport. »
Depuis plusieurs siècles, la Foire de BEAUCROISSANT apparaît à la fois comme un
grand marché de marchandises et comme un phénomène de concentration du bétail.
Le bétail régional ne représente guère que 50 % environ de la totalité. Les
régions éloignées envoient surtout à BEAUCROISSANT des poulains et des muletons.
Les poulains et chevaux proviennent des ARDENNES, de BRETAGNE, des COTES DU
NORD, du PERCHE, ou de BELGIQUE. Les mulets viennent surtout de la Tarentaise,
du Cantal et du Poitou. Les ânes sont fréquemment originaires de la Toscane.
Parallèlement à ce phénomène de concentration, se produit un curieux phénomène
de dispersion. Une partie seulement du bétail reste dans la région, l'autre
partie étant dirigée au loin par route ou par fer. Les statistiques relevées en
gare de RIVES ont permis de noter des expéditions de chevaux sur LYON, CHAMBERY,
MODANE et L'ITALIE. MARSEILLE, MONTPELLIER et L'Espagne etc... Il faut signaler,
en outre, que de nombreux chevaux amenés à BEAUCROISSANT (un tiers au moins) se
vendent dans les écuries la veille ou l'avant-veille de la foire et ne
paraissent pas sur le champ de foire.
La foire aux marchandises a pris depuis quelques années une ampleur croissante.
Le nombre des participants est passé rapidement de cent à Plus de sept cent.
!!!.
La construction de stands a transformé, la travée centrale en une allée de
Foire-Exposition.
Depuis de nombreuses années déjà, toute une partie de la foire est réservée à
l'alimentation, car il faut pouvoir restaurer les cent mille visiteurs qui,
faute d'hôtels dans cette ville sans maison, prennent place autour des tables
installées sous les tentes des multiples restaurants provisoires alternant avec
d'alléchantes boutiques de boulangers, charcutiers, pâtissiers, rôtisseurs,
marchands de fromages, de fruits, de primeurs et de melons, etc., etc..
Une autre allée du champ de foire groupe les attractions foraines qui présentent
« toute la gamme des plaisirs impressionnants et « récréatifs dont l'enfance est
avide, et que l'on revoit sans mélancolie à tous les âges parce qu'ils ont le
pouvoir de naïvement rajeunir les pensées. » (Ch. de BUSSY.)
N'oublions pas de citer aussi l'ancestrale croyance d'après laquelle l'achat
d'une longe (corde) à la « BEAUCROISSANT » est le sûr garant d'une année de
bonheur et de prospérité !!
Les commerçants avisés ont su faire ajouter à la traditionnelle longe une chaîne
d'aulx et un melon ; aussi voit-on, le soir, nombre de visiteurs prendre le
chemin du retour en transportant ostensiblement cette trinité de porte-bonheurs.
On raconte aussi qu'une jeune femme d'IZEAUX fut, au treizième siècle, condamnée
à « dix sols d'amende pour avoir commis le péché d'adultère durant que son mari
était en foire de BEAUCROISSANT» et c'est paraît-il pour cela, disent les
mauvaises langues, que les habitants des villages voisins ne viennent jamais à
la foire de BEAUCROISSANT sans y amener leur épouse.